Archivo de January, 2007

AUTOMEDICATION

Sunday, January 7th, 2007

Il faut savoir ce que l’on veut. Le 19/10/06, la ministre espagnole de la santé, à l’inauguration de la campagne contre l’abus d’antibiotiques, qui a pour slogan. “Sans ton aide, les antibiotiques peuvent cesser de guérir”, assurait que l’Espagne est le pays d’Europe, après la France, qui consume la plus grande quantité d’antibiotiques et, maintenant, en France, dans une campagne à la télévision, promue par le ministre de la santé de ce pays, on assure qu’il est mieux et meilleur marché de s’automédiquer pour les maux passagers. L’un des deux ministres et ses conseillers doivent donc peu savoir de ces choses, ce qui n’est pas rare par les temps qui courent où un autre président affirme avec orgueil avoir été un mauvais étudiant.

Il est également vrai qu’en Espagne l’automédication est pratiquée depuis toujours, non pas officiellement mais à cause du faible contrôle de la vente des médicaments d’autant plus que, depuis quelques années, les autorités ont autorisé les pharmaciens à prescrire de leurs côtés. Il est aussi vrai que, depuis qu’on accorde plus de valeur au temps de consultation qu’au diagnostic, l’ordonnance abusive de la part des médecins est de plus en plus fréquente et il est tout aussi vrai que, pour une raison ou une autre, on consomme beaucoup de médicaments. Mais qu’on ne se trompe pas en disant que les médicaments sont bons ou mauvais, forts ou faibles, chers ou bon marché, etc., etc., en fonction de la convenance du moment (les français nous donnent en exemple l’automédication officielle, avec le Royaume-Uni et je ne sais plus quels autres pays). Les médicaments sont indiqués ou ne sont pas indiqués pour la maladie dont on souffre, qu’elle soit ou non passagère, ce que personne ne peut savoir, même pas totalement avec un bon diagnostic.

Comment peut-on donc accepter de prendre un médicament sans un diagnostic au moins probable ! On frise l’éthique la plus élémentaire, ce qui n’est non plus pas très rare par les temps qui courent où on impose au médecin un temps limité par malade ou on parle de légalité immorale.

Il n’existe aucun médicament qui n’ait des effets non désirés qui, au cas où ils se produisent, ne soient compensés que par le bénéfice qu’ils ont de guérir le malade, quand le médicament est indiqué pour le diagnostic établi. Sans diagnostic, il n’y a pas de bénéfices possibles, seulement des inconvénients, bien que je sache parfaitement qu’une aspirine enlève le mal de tête à la plupart des gens, il suffit cependant d’une seule personne qui meure d’une hémorragie cérébrale à cause d’une aspirine prise de manière inadéquate, pour que ce soit un homicide ou un suicide involontaire et, le plus important, c’est qu’un être humain ait pu innécessairement mourir.

Rien de plus utile pour faire de la démagogie que l’éducation et la santé. Pendant la première dizaine ou quinzaine années de vie, il ne faut pas stresser ni traumatiser les enfants ou les jeunes dans leurs études, mais après ces premières années on découvre que, ce déjà presque adulte, est ignorant. Après une opération d’estomac, le malade n’a besoin que d’un jour d’observation parce que ce qu’il fait à l’hôpital, il peut parfaitement le faire à la maison: attendre qu’il cicatrise les blessures chirurgicales mais, quatre ou cinq jours après, peut apparaître une embolie pulmonaire et, chez lui, ce n’est plus d’un homme ignorant dont il s’agit mais d’un mort dont personne n’est responsable, car personne ne peut établir avec certitude la relation de l’embolie avec l’opération d’estomac, surtout quand le chirurgien l’a bien fait et que le malade est sorti en bonne santé de l’hôpital. Dans les deux cas on a omis de s’intéresser à la bonne praxis des effets tardifs.

Bien sûr, l’éducation et la santé coûte de l’argent et il n’y a aucun moyen de bien les faire en ne tenant compte que des paramètres économiques et encore bien moins quand au lieu d’être économiques ils visent à faire des économies. Un malade, tout aussi passagère que soit sa maladie et même sans maladie (il y a des malades sans maladie), a besoin d’une bonne histoire clinique, d’une exploration, d’examens complémentaires en fonction de l’histoire et de l’exploration, d’un diagnostic différentiel, d’un traitement indiqué pour le diagnostic et d’un contrôle du traitement, ce que l’on ne peut pas faire dans un temps limité, ni dans une pharmacie, ni en parlant avec des amis et il n’y a pas de meilleure économie sanitaire que de traiter de manière adéquate le malade, tout le reste a bien d’autres raisons que la recherche de la guérison du malade.
On pourrait ajouter beaucoup d’autres inconvénients à l’automédication, comme le manque de données épidémiologiques, l’impossibilité de faire des programmes de prévention, les dépenses inutiles, les campagnes commerciales intéressées, etc., mais nous allons nous en tenir là

Madrid, Diciembre 2006.